Marilyn Jess

Initiation d’une jeune marquise

Issue du peep-show (où elle est d’ailleurs retournée un moment en 1989), Marilyn Jess (originellement Dominique Troyes) alliait une plastique généreuse à un visage enfantin, ce qui explique l’émotion que suscita la moindre de ses apparitions, au fil d’une carrière riche en performances chavirantes (environ 80 sur 15 ans) placée sous l’ombre tutélaire de Meussieu Marc Dorcel. La réédition en DVD de ses plus palpitantes prestations témoigne de l’empreinte indélébile qu’elle a laissée dans le coeur (oui, le coeur !) des pornophiles sentimentaux. On l’aime fondue dans la masse des partouzeurs suicidaires de Mes nuits avec… Alice, Pénélope, Arnold, Maud et Richard (Frédéric Lansac, 1975), un simple bandana coloré autour des cheveux (Vacances à Ibiza, Gérard Kikoïne, 1981), déguisée en soubrette lascive (Initiation d’une jeune marquise, Pierre B. Reinhart, 1988, qui, dans sa version non expurgée, contient la démonstration d’une “machine à enculer” digne du Catalogue des objets introuvables de Jacques Carelman), conjuguée à Olinka (Le Retour de Marilyn, Michel Leblanc, 1985) ou à Traci Lords (Traci, je t’aime, Jean-Pierre Floran, 1986), initiée aux délices de l’amour par Brigitte Lahaie et notre Alban Ceray national (Les petites écolières, Lansac, 1980), dissimulée sous un masque de plumes (Dans la chaleur de Saint-Tropez, KikoIne, 1982) ou des lunettes noires pour nuits très très blanches (Ballets roses, Kikoïne, 1981), livrée au cérémonial raffiné des exhibitions SM (Lola, Kikoïne, 1981) ; tous les réalisateurs ont joué sur son physique plantureux, sa présence à la fois détachée, mystérieuse (Lansac, Kikoïne) et proche (dans Initiation, elle suspend le cours de l’intrigue pour s’adresser ingénument au spectateur). On l’adore surtout en Femme Objet (Lansac, 1980) - dans le rôle muet de Kim, créature sans coutures modelée par un écrivain de science-fiction émule de Frankenstein, elle traduisait très subtilement (fait inhabituel chez les stars du X) l’évolution dialectique des sentiments de son personnage-robot. Il faut la voir et la revoir, vibrante et délicate, glisser de la soumission à la révolte, de l’automatisme à l’autonomie, en ce qui demeure l’un des meilleurs pornos français de tous les temps (nous renvoyons à l’excellente analyse d’Alain Minard, in La Saison cinématographique 81, pp. 142-143).

(1999)




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